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6. La Nouvelle-France - Vie quotidienne
From History of Canada Online
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Le Système seigneurial
Puisque la Nouvelle-France constituait une société agraire et rurale -- avec presque quatre personnes sur cinq vivant alors sur une ferme --, le régime seigneurial était au coeur de la vie quotidienne.
Ce système de distribution des terres calqué sur le régime féodal européen, développé à l'origine par le cardinal Richelieu puis développé par Jean Talon, a créé un modèle de colonisation très particulier.
Le roi possédait toutes les terres de Nouvelle France. Les seigneuries étaient des concessions de terre accordées par la Couronne à des membres de la noblesse. Leur taille variait de dix kilomètres carrés à près de deux cents kilomètres carrés. Les seigneurs, à leur tour, partageaient leur terre en parcelles qu'ils louaient aux habitants qui les cultivaient. Au milieu du 18e siècle, il y avait plus de deux cents seigneuries qui s'alignaient perpendiculairement au St-Laurent.
Deux raisons motivaient cette forme de développment du territoire en bandes étroites aboutissant au fleuve. Premièrement, tous avaient besoin d'eau pour des fins d'irrigation et de transport. Deuxièmement, le droit des successions hérité de France prévoyait un partage égal des biens entre les enfants tandis que le droit anglais, avec son système de primogeniture (?) favorisait l'aîné seulement. Au fil des générations, les terres continuaient d'être divisées, dans le sens de la longueur, laissant toujours un accès au cours d'eau. Ainsi, le paysage de la Nouvelle-France a évolué pour ne former qu'une longue succession de fermes donnant front sur le bord de l'eau.
En 1634, Robert Giffard et Jean Juchereau, tous les deux de Percé, ont été les premiers à recevoir le titre de seigneur. Le système seigneurial, tout comme le système féodal, était basé sur une série d'engagements mutuels. Le roi n'accordait une terre au seigneur qu'à condition qu'il remplisse certaines exigences. Le seigneur devait construire un manoir, une église, un fort et un moulin.
Les seigneurs devaient vivre sur leur terre ou embaucher un individu responsable pour le faire en leur nom. Responsable de la défense, le seigneur agissait aussi en tant que juge pour régler les différends.
Au début, presque tous les seigneurs étaient des hommes mais, lors de l'établissement du gouvernement royal en 1663, plus de la moitié étaient des femmes, résultat dû en partie au système français de transmission en parts égales des biens, et en partie au fait qu'un grand nombre d'hommes se sont lancés dans le commerce de la fourrure ou joint les rangs de l'armée. En outre, étant donné que la Nouvelle-France était une société violente et frontalière, beaucoup d'hommes sont morts prématurément, léguant leur terre à leur épouse.
L'habitant avait lui aussi des devoirs envers le seigneur. Cependant, il n'avait aucune obligation d'ordre militaire, une différence importante entre le système seigneurial et le système féodal. Toutes les obligations étaient spécifiées dans un contrat écrit, empêchant ainsi leur changement arbitraire ultérieurement. Il y avait, notamment, un devoir de corvée qui exigeait de l'habitant qu'il consacre trois jours par année au travail sur la terre du seigneur. L'habitant devait également payer au seigneur un certain pourcentage de ses récoltes.
D'autres impôts devaient être payés. Lods et ventes étaient apparentés aux impôts sur les successions d'aujourd'hui. Chaque fois qu'un habitant vendait ou donnait en tout ou en partie sa terre, le seigneur en réclamait le douzième sous forme d'impôt. Le cens, une somme modeste payable en argent comptant chaque année, constituait une autre forme d'impôt que devait payer l'habitant, aussi appelé censitaire. Un treizième de la récolte des censitaires devait servir à aider financièrement le prêtre et l'église de la seigneurie, bien que cette fraction ait été réduite de moitié au début du dix-septième siècle. Une autre obligation du censitaire était de moudre son grain au moulin du seigneur et de lui payer en retour un quatorzième de la farine obtenue. Enfin, devait donner une part de tout poisson pêché ou de tout bois coupé dans la seigneurie.
La vie de colon
De façon générale, le système seigneurial formait la base de la vie quotidienne de la majorité. La vie n'était pas facile. Les taxes et impôts étaient écrasants; le travail, exigeant, s'échelonnait de l'aube à la nuit. Les saisons marquaient le rythme et déterminaient les activités quotidiennes du colon et la liste des tâches ne semblait jamais s'achever.
Il fallait d'abord construire une habitation.
Ensuite, la terre devait être défrichée, les arbres coupés, les pierres enlevées. Puis, c'était les semences, le sarclage et autres soins des cultures et, enfin, la récolte.
Des réparations à la maison, à l'étable et à l'équipement étaient constamment requises. Le colon devait couper et ramasser le bois pour se chauffer. Tout cela en plus des tâches domestiques courantes comme la cuisine, le ménage, la fabrication de meubles et l'éducation des enfants. Soumis aux caprices d'un climat rigoureux, sans assistance extérieure, le colon s'auto-suffisait et commençait ici une nouvelle vie avec, plus souvent qu'autrement, sa grande famille.
Malgré les difficultés et les épreuves, le colon se tirait toutefois généralement mieux d'affaire que son cousin européen. Rappelons qu'il n'était pas soumis au service militaire obligatoire et que les obligations du censitaire étaient limitées et clairement établies dans un contrat écrit. De plus, son fardeau fiscal, bien qu'il puisse sembler lourd en vertu des critères d'aujourd'hui, était en fait bien moindre que celui de ceux qui vivaient sous le système féodal. Le colon pouvait aussi tirer des revenus supplémentaires en se livrant à la menuiserie, la sculpture du bois ou à la pêche.
Le régime alimentaire des colons, enrichi de spécialités autochtones, était bien plus sain que celui des serfs d'Europe et leur assurait une espérance de vie plus longue. Leurs terres étaient généralement plus étendues, et souvent de bien meilleure qualité, que celles des cultivateurs européens. En outre, la vie sociale était moins hiérarchisée en Nouvelle-France. Il n'était pas rare de voir un seigneur travailler aux côtés de ses censitaires contrairement à ce qui se passait en Europe où les couches sociales ne se mêlaient pas.
Si les circonstances lui étaient favorables, un colon pouvait espérer devenir lui-même seigneur. Et même si la Couronne avait voulu faire de la Nouvelle-France une société rigide, hiérarchisée et autoritaire, elle n'y serait pas parvenue. En effet, le colon était toujours libre de simplement s'en aller et devenir coureur de bois si les exigences liées à son statut de censitaire devenaient trop lourdes.
La famille était l'institution de base de la vie quotidienne en Nouvelle-France. Au dix-huitième siècle, près d'une famille sur cinq comptait dix enfants ou plus. La grande famille fournissait les bras nécessaires au travail de la ferme et assurait aux parents une certaine sécurité pour leurs vieux jours. Quoiqu'elles n'aient peut-être pas été aussi proches que pourraient le laisser croire les tableaux peints par Cornelius Kriegoff à la fin du dix-huitième siècle, les familles de colons étaient tout de même tissées serrées et auto-suffisantes.
Les enfants demeuraient généralement avec leurs parents jusqu'à leur mariage. Il n'était pas rare de voir les grands-parents, des tantes, des oncles et des neveux et nièces former une famille élargie vivant sous le même toit.
Les rôles étaient assez bien définis. Le père de famille en était le chef mais chaque membre jouait un rôle important. Peu importe son âge ou son sexe, chacun travaillait aux champs et prenait soin des animaux. Avec l'aide de ses fils aînés, le père réparait la maison, l'étable et les outils; il coupait et rentrait le bois. Normalement, il fabriquait aussi les meubles pour la famille.
Pendant ce temps, son épouse s'occupait du potager à proximité de leur habitation et voyait aux tâches ménagères comme la cuisine, le ménage, les soins et l'éducation des jeunes enfants. Elle était cependant bien davantage qu'une simple ménagère : elle travaillait également aux champs avec son mari. De plus, comme un plus grand nombre de femmes que d'hommes savaient lire et écrire à l'époque, c'est souvent elles qui se chargeaient de l'administration de la ferme.
Les familles de colons s'auto-suffisaient. À partir du blé qu'elles cultivaient, elles cuisaient leur propre pain, base de leur alimentation. Le dur labeur physique des colons nécessitait une grande quantité d'énergie. En moyenne, chacun mangeait environ un kilo de pain chaque jour (l'équivalent de deux pains de nos jours). Leurs vaches fournissaient le lait, le fromage et autres produits laitiers; leurs poules, les oeufs. Les porcs et les vaches qu'ils élevaient et abattaient, ainsi que le gibier qu'ils chassaient et le poisson qu'ils pêchaient, leur fournissaient les protéines nécessaires. Les pois et le maïs étaient les légumes favoris. Au printemps, le sirop d'érable offrait une douceur bienvenue.
Les colons prenaient normalement quatre repas par jour, le plus consistant étant celui du soir. Le lunch et le goûter d'après-midi se tenaient sur les lieux de travail i.e. aux champs. Les fêtes spéciales amenaient des repas plus plantureux qui pouvaient comprendre du jambon ou du canard, parfois même de l'orignal ou du chevreuil.
L'auto-suffisance des familles de colons n'était pas qu'alimentaire. L'épouse et les filles confectionnaient les vêtements, pratiques et durables, pour toute la famille. Elles tissaient et cousaient aussi rideaux, couvertures, serviettes et tapis. Elles fabriquaient le savon et les chandelles nécessaires à la maisonnée.
La famille fabriquait aussi ses propres tables, chaises, bureaux et autres meubles. Les membres savaient s'amuser et s'offrir du bon temps ensemble. Ils jouaient aux cartes ou aux dames, ou chantaient et dansaient. Ils se livraient aussi à des activités extérieures, le patinage, la descente en toboggan et les randonnées en carriole comptant parmi les plus populaires. La vie était agrémentée de fêtes religieuses et d'événements communautaires comme les corvées de construction de grange, les noces et les épluchettes de blé d'inde.
Le rythme des saisons et des célébrations marquait le temps. Ainsi, deux des fêtes les plus importantes après Noël et Pâques, étaient célébrées le onze novembre et le premier mai. Le 11 novembre marquait la fin des récoltes et la fête se tenait au manoir du seigneur, une fois les taxes payées et les comptes réglés. Les colons soulignaient le début du printemps le 1er mai en décorant de rubans colorés un poteau qu'ils installaient sur la propriété du seigneur pour danser autour.
Le rôle de l'Église
La religion jouait un rôle vital en Nouvelle-France. En fait, avec la famille et la terre, elle participait de la tradition de survivance. Pendant que la famille constituait la cellule de base de la société, et que la terre la nourrissait, c'est la religion qui imposait le contexte moral et spirituel. La Nouvelle-France était presque entièrement peuplée de catholiques romains d'où l'influence énorme de l'Église qui marquait les étapes importantes de la vie, du baptême à l'enterrement, en passant par les cérémonies de passage comme la confirmation et le mariage.La religion n'offrait pas seulement un cadre moral et spirituel aux citoyens, elle constituait aussi la base de leur vie sociale. Tous assistaient à la messe dominicale et bien des échanges sociaux se tenaient avant et après la célébration. L'église était l'endroit où se tenaient plusieurs cérémonies au cours de l'année. L'Église dirigeait aussi les hôpitaux et les écoles et faisait oeuvre de charité. Elle est aussi devenue un important mécène en employant une variété d'artistes et de musiciens. L'Église devint aussi une force économique importante à cause de la valeur de ses terres et des rentes annuelles qu'elle en tirait.
La vie en ville
Bien que la population vivait très majoritairement en milieu rural, environ une personne sur quatre vivait dans l'une ou l'autre des villes en expansion.
Les plus importants centres urbains se trouvaient le long du fleuve St-Laurent, souvent à l'emplacement d'anciens postes de traite de la fourrure. La capitale et plus importante ville, Québec, comptait environ 2000 habitants en 1700 et sa population atteint plus de 5000 vers le milieu du siècle. Partagée entre sa chic haute-ville et sa plus populaire basse-ville, Québec était le principal port de la colonie.
Les marchants et les artisans établissaient leur place d'affaires près de l'eau, en basse-ville, tandis que les plus fortunés, les gens d'église et les institutions gouvernementales s'installaient en haute-ville.
Montréal, fondée par Paul de Chomedey Maisonneuve et Jeanne Mance sous le nom de Ville-Marie en 1642, est rapidement devenue le deuxième plus important centre urbain en grande partie à cause de son rôle central dans le commerce de la fourrure. Vers 1750, elle comptait 4000 habitants.
Les conditions de vie dans ces villes et autres agglomérations étaient plutôt primitives. Vers le milieu du 18e siècle, la plupart des maisons étaient faites de pierre, résultat de nombreux incendies dévastateurs. Cependant, la plupart des habitations étaient louées car la majorité des habitants ne pouvaient se permettre d'acquérir une propriété à cause du coût élevé. Les rues de terre battue étaient jonchées de détritus et grouillantes d'animaux et de gens. Elles se transformaient en poussière sous la chaleur, en mer de boue après la pluie. La violence, les incendies et les vols mineurs faisaient partie du quotidien.
Les déplacement en Nouvelle-France étaient limités, renforçant le besoin des résidants des milieux ruraux de s'auto-suffire. Le St-Laurent et ses affluents formaient les meilleures voies de circulation en plus de permettre l'irrigation des terres. Les autochtones ont enseigné aux Français comment utiliser un canot d'écorce et ce moyen de transport est devenu très populaire pendant la plus grande partie de l'année.
Les colons transportaient de lourdes charges sur des cajeu, embarcation qui ressemblait à un grand radeau.
En hiver, les Français imitaient les autochtones en utilisant une autre de leurs inventions : la raquette à neige.
Les carrioles étaient des traîneaux montés sur des skis. Les plus riches les faisaient tirer par des chevaux, les moins aisés par un attelage de chiens.
Au printemps, les gens de la ville leur préféraient la calèche, plus légère.
Plus libre que celle en Europe à la même époque, la vie quotidienne en Nouvelle-France était spéciale et déterminée par l'environnement. Même si le système féodal et l'Église catholique romaine ont été importés du vieux continent, les deux ont dû s'adapter au contexte prévalant dans le Nouveau Monde. En s'adaptant aux nouvelles circonstances, ils ont créé un mode de vie unique qui empruntait aussi aux coutumes autochtones que ce soit en matière de régime alimentaire ou de moyens de transport. La vie était loin d'être facile mais elle était singulière. Le colon est devenu synonyme d'auto-suffisance, un personnage voué à l'édification d'une vie meilleure pour lui-même et pour sa famille. Les défis ne manquaient pas - le dur labeur, le rude climat, l'incertitude et l'insécurité, les impôts et les déceptions. Malgré tout, le colon a fait montre de persévérance et est devenu un symbole durable de la Nouvelle-France.
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